Le procès du loup.

L’auteur imagine que les hommes se sont mis en tête de juger le loup qui a mangé la Grand-Mère et le Petit Chaperon Rouge. Le loup est donc accusé de ces crimes. Va-t-il avouer ? Quel va être le jugement de cette cour de justice ?

Personnages :

LE JUGE, LE LOUP, LE PETIT CHAPERON ROUGE, LA GRAND MERE, LE CHASSEUR
     LE JUGE. Silence ! (Il frappe de son maillet sur la table.) Silence ! Je demande du silence parmi les assistants et les spectateurs ! Accusé Loup, levez-vous.

LE LOUP. D’accord.
LE JUGE. Votre nom.
LE LOUP. Loup.
LE JUGE. Votre prénom.
LE LOUP. Loup.
LE JUGE. Le nom de votre père.
LE LOUP. Loup.
LE JUGE. Le nom de votre mère.
LE LOUP. Louve
LE JUGE. Où habitez-vous ?
LE LOUP. Dans une tanière.
LE JUGE. Avez-vous entendu l’accusation ?
LE LOUP. Oui, oui, j’ai compris, mais …
LE JUGE. Vous devez seulement répondre à mes questions. C’est compris ?
LE LOUP. Oui, c’est compris.
LE JUGE. Bien. Vous reconnaissez les chefs d’accusation, alors. Vous reconnaissez-vous coupable ?
LE LOUP. Je ne suis pas coupable.
LE JUGE. Nous verrons. Où avez-vous rencontré le Petit Chaperon Rouge pour la première fois ?
LE LOUP. Dans le bois, tiens. Aurais-je pu la rencontrer ailleurs ?
LE JUGE. Lui avez-vous fait quelque chose de mal ?
LE LOUP. Je l’ai saluée poliment, c’est tout.
LE JUGE. Avez-vous aussi salué la Grand-Mère poliment ?
LE LOUP. Non, elle, je ne l’ai pas saluée.
LE JUGE. Avouez-vous que vous êtes entré par ruse dans la chaumière ?
LE LOUP. La porte était ouverte. J’ai frappé. C’est parce que personne ne répondait que je suis entré.
LE JUGE. Et alors ?
LE LOUP. Alors, j’ai mis la chemise de nuit de la Grand-Mère et j’ai coiffé son bonnet de dentelles.
LE JUGE. Et la Grand-Mère ?
LE LOUP. Quoi, la Grand-mère ?
LE JUGE. Qu’est-ce que vous avez fait de la Grand-Mère ?
LE LOUP. De la Grand-Mère ?
LE JUGE. Oui, de la Grand-Mère.
LE LOUP. Je ne m’en souviens plus.
LE JUGE. Vous avez une très mauvaise mémoire.
LE LOUP. Ça, c’est bien vrai.
LE JUGE. Continuez
LE LOUP. Continuer quoi ?
LE JUGE. Eh bien, mais continuez à raconter. Qu’est-ce que vous avez fait après avoir enfilé la chemise de nuit de la Grand-Mère et posé son bonnet de nuit sur votre tête ?
LE LOUP. Ça, je l’ai complètement oublié.
LE JUGE. Nous allons maintenant procéder à l’audition des témoins. Maître, veuillez, je vous prie, faire entrer le Petit Chaperon Rouge.
(On fait entrer le Petit Chaperon Rouge. Elle va jusqu’à la barre des témoins en saluant  tout le monde. Elle fait un signe de connivence au loup qui lui répond de la même manière.)
LE JUGE. Votre nom, mon enfant.
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Rouge
LE JUGE. Parfait. Votre prénom, maintenant.
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Chaperon.
LE JUGE. Vous connaissez l’accusé, mon enfant ?
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Vous voulez dire le Loup ?
LE JUGE. Oui, mon enfant. Mais n’ayez pas peur. Il est entre nos mains maintenant.
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Oh, mais je n’ai nullement peur de lui.
LE JUGE. N’empêche qu’il a dû te faire peur quand il t’a dévorée. Tu te souviens ?
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Oh, vous savez, ça s’est passé si vite que je n’ai pas eu le temps d’avoir peur. Une, deux et demie et trois et hop ! J’étais déjà partie.
LE JUGE. Partie ? Mais partie où ?
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Mais dans le ventre du Loup, tiens. […]
LE JUGE. Est-ce que le Loup t’a torturée avant de t’avaler ?
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Torturée ? Lui ? Oh non, il a été très gentil. Très très gentil. Comme toujours d’ailleurs. (Elle fait un signe d’amitié au Loup qui lui répond toujours de la même manière). LE JUGE. Petit Chaperon Rouge, maintenant, tu peux aller t’asseoir. Va te reposer. (Le Petit Chaperon Rouge se dirige vers le Loup.) Non, pas par là. Là-bas … (Même signe de connivence entre le Loup et le Chaperon Rouge.) Et maintenant, faites entrer la Grand-Mère. C’est une femme adulte et sensée , je suis convaincu que nous en tirerons des preuves indubitables de la culpabilité de ce sinistre individu.
LE JUGE. Vous êtes la Grand-Mère, je présume ?
LA GRAND-MERE. Non, ça va. C’est simplement dans les reins que j’ai ces douleurs.
LE JUGE. Je vous demande si vous êtes la Grand-Mère du Petit Chaperon Rouge.
LA GRAND-MERE. La grande quoi ?
LE JUGE. La Grand-Mère.
LA GRAND-MERE. Bon. Alors, au revoir. Et passez me voir de temps à autre. Bon voyage.
LE JUGE. Mais je ne pars pas en voyage.
LA GRAND-MERE. Les voyages forment la jeunesse.
LE JUGE. Mais je ne suis pas jeune.
LA GRAND-MERE. Il faut manger de la soupe pour grandir.
LE JUGE. Je suis assez grand.
LA GRAND-MERE. Un enfant bien élevé ne met jamais les doigts dans son nez.
LE JUGE. Ca suffit comme ça. Vous pouvez vous retirer, Madame. J’appelle à la barre le chasseur. Votre nom.
LE CHASSEUR. Manvussa.
LE JUGE. Votre prénom ?
LE CHASSEUR. Gérard.
LE JUGE. Eh bien Gérard Manvussa, qu’avez-vous vraiment vu ?
LE CHASSEUR. J’ai vu le loup allongé sur le lit avec un énorme ventre et il dormait.
LA GRAND-MERE. J’ai bien réfléchi à propos de votre voyage vous devriez partir :
LE JUGE. Mais, où donc ?
LA GRAND-MERE. Sac à papier, j’ai déjà oublié !
LE JUGE. Ca ne fait rien. Revenons à nos moutons.
LE LOUP. Des moutons, des moutons, où ça, où ça ?
LE JUGE. Accusé Loup, taisez-vous ! Bon, reprenons.
LE CHASSEUR. J’ai ouvert le ventre du Loup avec des ciseaux, et là j’ai trouvé : une trottinette…
LE LOUP : Ouh ! Celle de Jeannette.
LE JUGE. Accusé Loup, taisez-vous ! Bon reprenons.
LE CHASSEUR. Oui je disais : une trottinette, la Grand-Mère …
LE LOUP. La Grand-Mère, quelle Grand-Mère ?
LE JUGE. Accusez-vous, taisez-Loup ! Reprenons.
LE CHASSEUR. Donc, une trottinette, la Grand-Mère, un arrosoir …
LE LOUP. Ooh ! Celui du Père Grégoire !
LE JUGE. Accusez-nous, taisons-nous ! Reprenous.
LE CHASSEUR. Bon, où en étais-je : une trottinette, la Grand-Mère, un arrosoir, le Petit Chaperon Rouge …
LE LOUP. Le Petit Chaperon Rouge, quel Petit Chaperon Rouge ?
LE JUGE. Accusé Loup, ça suffit …
LE CHASSEUR. Je continue : Le Petit Chaperon Rouge , une pelle et une balayette …
LE LOUP. Oooh ! Celles de Juliette. Un peu poussiéreuse, mais délicieuse …
LE JUGE. Loup, taisez-vous ! Chasseur, à vous.
LE CHASSEUR. Je ne sais plou, je recommence tout. Dans le ventre du loup, j’ai trouvé : une trottinette, une Grand-Mère, un arrosoir, le Petit Chaperon Rouge, une pelle et une balayette et le journal d’aujourd’hui.
LE LOUP. Ooh, j’adore dévorer les nouvelles fraîches.
LE JUGE. Calmez-Loup, taisez-vous.
LE CHASSEUR. Et ensuite je lui ai rempli le ventre de cailloux, je l’ai recousu, et c’est tout.
LE LOUP. Comment ça, c’est tout ! J’ai une cicatrice du cou, jusqu’au genou, vous trouvez ça joli, vous ? Et les cailloux, ça grouille de partout, en plus je bois comme un trou et le pire, je n’ai plus faim du tout ! C’est un comble pour un loup. Maintenant, chaque nuit, je rêve de dévorer des choux, des hiboux, du ragoût, des caramels mous, et surtout ma voisine madame Poitou. C’est pourquoi, chasseur, je porte plainte contre vous !
LE CHASSEUR. Loup de malheur, menteur, ça me fait mal au cœur d’entendre ces horreurs ! Tu crois me faire peur ?
LE JUGE. Silence, silence ! Cela est trop compliqué. La moutarde me monte au nez. Loup, taisez-vous ! Chasseur, retirez-vous ! Que je réfléchisse un bon coup…J’ai bien réfléchi, je rappelle à la barre le Petit Chaperon Rouge.
Petit Chaperon rouge, pourquoi es-tu amie avec le Loup alors qu’il t’a dévorée ?
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Il a toujours été gentil avec moi. On joue souvent ensemble, à saute moutons, au loup glacé, à chat perché, à je te tiens tu me tiens par la barbichette …
LE LOUP. … Le premier de nous deux qui rira aura une tapette .
LE JUGE. Loup, taisez-vous ! Continue mon enfant.
LE PETIT CHAPERON ROUGE. Il m’a toujours aidé à porter mon panier, à cueillir des fleurs depuis des années.
LE LOUP. Ça c’est bien vrai !
LE JUGE. Loup, taisez-vous !
LE LOUP. Non, vous, taisez-vous, et écoutez-moi. Je vais tout vous avouer ! Si j’ai joué avec elle pendant des années, en fait, j’attendais qu’elle soit bonne à dévorer. Bien dodue, grassouillette, pas comme la Grand-Mère, un sac d’os, celle-là.
La Grand Mère. En écosse, c’est ça, c’est là que vous devriez partir ! Merci beaucoup , monsieur Loup.
Le Petit Chaperon Rouge. Quoi ? Tu remercies celui qui m’a trahi, cet ogre qui nous a dévorées, ce monstre, cet imposteur, ( se tournant vers le loup) …et dire que je te croyais mon ami !
Le Loup. Que veux-tu, un loup est un loup, tu n’avais qu’à connaître la chanson !

(Commence la chanson " Promenons-nous dans les bois … ")

… Je vais vous manger.

( Tout le monde se sauve, sauf le loup et la grand-mère)
La grand-mère : Pourriez-vous me rendre ma chemise de nuit ?
(rideau)

Remarques :

Le rôle le plus dur, c’est le juge. Alors, il avait une estrade et son texte était posé dessus.

On a joué la pièce devant chaque classe de l’école, comme ça on a joué plusieurs fois la pièce en changeant les personnages.