« Je me garderai donc bien de lui donner un maître à dessiner qui ne lui donnerait à imiter que des imitations et ne le ferait dessiner que sur des dessins : je veux qu’il n’ait d’autre maître que la nature ni d’autre modèle que les objets. Je veux qu’il ait sous les yeux l’original même et non pas le papier qui le représente, qu’il crayonne une maison sur une maison, un arbre sur un arbre, un homme sur un homme afin qu’il s’accoutume à bien observer les corps et leurs apparences, et non pas à prendre des imitations fausses et conventionnelles pour de véritables imitations. Je le détournerai même de rien tracer de mémoire en l’absence des objets jusqu’à ce que par des observations fréquentes leurs figures exactes s’impriment bien dans son imagination, de peut que, substituant à la vérité des choses des figures bizarres et fantastiques, il ne perde la connaissance des proportions et le goût des beautés de la nature. […] voilà précisément ce que j’ai voulu faire, et mon intention n’est pas tant qu’il sache imiter les objets que les connaître ; j’aime mieux qu’il me montre une plante d’acanthe, et qu’il trace moins bien le feuillage d’un chapiteau. »
Jean-Jacques Rousseau, Emile, Livre II, in Œuvres complètes, tome IV, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1969, p. 397-398.
« Les hommes dans leurs travaux ne font rien de beau que par imitation. Tous les vrais modèles du goût sont dans la nature : plus nous nous éloignons du maître, plus nos tableaux sont défigurés. C’est alors des objets que nous aimons que nous tirons nos modèles, et le beau de fantaisie, sujet au caprice et à l’autorité, n’est plus rien que ce qui plaît à ceux qui nous guident. »
Idem, Livre IV, p. 672.
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Dernière mise à jour : vendredi 24 mai 2013