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Echos des Rendez-vous de l’Histoire de Blois : le procès Eichmann
samedi 30 octobre 2010
par Jean-Pierre Costille
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1961 : Le procès Eichmann, une rupture ?

Georges Bensoussan, historien, est responsable éditorial au Musée de la Shoah. Tal Brutmann est historien et a publié notamment « la logique des bourreaux ».

Tal Brutmann centre son propos sur la personnalité d’Eichmann. Il montre un homme au service d’une politique. Il faut absolument avoir une chronologie fine car entre 1933 et 1941 ce n’est pas la même politique. L’expression solution finale a désigné plusieurs choses. Avant fin 1941 il n’ y a pas la solution finale telle qu’on l’imagine. Adolf Eichmann est né en 1906 dans un milieu modeste en Autriche, ce n’est pas un intellectuel. Il adhère au parti nazi et à la SS en 1932. Jusque vers 1934 il n’est pas antisémite, il le devient. Il est repéré et intégré dans une police politique. Il devient responsable des affaires juives très tardivement ; il est à des rangs subalternes pendant longtemps. 1938 en poste à Vienne ce qui constitue son premier poste majeur. Selon ses critères, il obtient des résultats en Autriche. Il sait s’entourer trouver des solutions avec notamment la spoliation des juifs qui sert à financer ses actions. Les nazis veulent l’émigration des Juifs, mais, avec la guerre, ça change. Il n’y a plus de territoires où les envoyer. Eichmann n’est pas un homme de bureau, il va souvent sur le train. Il est chargé de la coordination de la solution finale, il n’est pas le responsable de tout. Il faut bien avoir en tête qu’il existe une compétition entre les différents bureaux d’administration nazis. Eichmann agit en Europe occidentale et contre les Juifs de Hongrie en 1944. Il n’a vraisemblablement jamais tué de ses propres mains. A la chute du régime nazi, personne ne connaît en dehors des dignitaires nazis Adolf Eichmann. Il peut donc disparaître facilement. Il est prisonnier de guerre durant deux ans mais sans être reconnu. Il devient petit vendeur en Argentine, dilapide son argent et se retrouve donc au bas de l’échelle sociale.

Georges Bensoussan s’intéresse lui au procès et à ses conséquences. Jusque dans les années 1960, on voyait les nazis comme des ratés, des déclassés alors qu’on insiste davantage aujourd’hui sur le côté ordinaire de ces hommes. Ce premier procès d’un dignitaire nazi dure quatre mois. A l’époque on souligne quelques problèmes que pose un tel procès. L’assassin peut-il être jugé par ses victimes ? et par un état qui n’existait pas au moment des faits incriminés ? Ben Gourion espère à l’époque que le procès fera l’intégration d’Israël car à l’époque il s’agit d’une société migratoire. Un habitant sur quatre est un rescapé en 1961 soit 450 000 personnes à l’époque ; ils ne sont plus que 25 000 aujourd’hui. Cela conduit à s’interroger sur la question suivante : l’état d’Israël peut-il parler pour les Juifs ? Durant le procès, 110 témoins défilent. Hannah Arendt a assisté au procès, mais en réalité elle ne fut là que durant quatre audiences. Pourtant ses analyses ont profondément influencé la façon de penser le régime nazi. Elle a tendance à en faire une marionnette. La notion de totalitarisme gomme la spécificité du régime nazi à savoir le génocide. L’équivalence Reich nazi et URSS conduit à mettre à part la Shoah. Il ne faut pas oublier la qualité de certains travaux d’Hannah Arendt. Pourquoi un tel succès de ses analyses ? ce qui plait c’est son universalisme, mais elle déjudaïse la catastrophe, ça déculpabilise une certaine culture allemande. Parce que c’est un homme banal cela souligne par contre coup le poids de l’idéologie. 83000 israéliens sont venus à un moment donné au procès.Avec ce procès, on s’aperçoit qu’il n’ y avait pas que la résistance armée, on pouvait être un héros sans porter les armes. La guerre précipite la radicalisation du génocide et pas la décision du génocide. On passe de la figure de la victime à la figure du héros.

 
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