Conférence à l'IUFM de Besançon,
16 novembre 2000
Par Pascal Boyries
Professeur d'histoire-Géographie
Lycée Charles Baudelaire (Annecy)
Chargé de formation IUFM de Grenoble.
Coordonateur Pédagogique Académique
Dans certains domaines, les TIC apportent beaucoup, ou plutôt, elles rapportent beaucoup... Ainsi, le secteur privé fourni matériel et logiciels à des tarifs défiant toute concurrence : entre 500 Millions et un Milliard de Francs laissés par l'ensemble des acteurs de l'Education Nationale à Microsoft, un investissement moyen de plusieurs centaines de milliers de francs pour le câblage et l'équipement d'un lycée, et le tout avec une durée de vie assez brève : 4 à 5 ans pour les ordinateurs... Dont on pourrait se contenter de ne changer que quelques pièces, mais bien souvent le nouveau matériel n'est plus compatible avec les anciens éléments que l'on pourrait conserver... Ainsi, les TIC dans le système éducatif ont une vertu, celle de doper un secteur d'activité et donc de créer des emplois, du pouvoir d'achat, etc...
Du côté de l'Education Nationale et des Collectivités Locales, l'introduction des TIC apporte aussi beaucoup ... de dépenses, cette fois-ci : achat de matériel pour les établissements, câblage, consommables, maintenance, formation des enseignants, locaux, etc.
Mais qu'en est-il des principaux concernés : élèves et enseignants ? Cette introduction apporte-t-elle une "révolution des pratiques pédagogiques", des améliorations dans l'acquisition des savoirs ?
C'est ce que nous allons aborder ici à partir d'exemples concrets pris en majorité en histoire-géographie, discipline qui comme chacun sait, est à la pointe dans ce domaine
...
Nous allons centrer notre réflexion sur trois axes :
I. Les TICE permettent-elles d'apprendre mieux ?
1. Les TIC sont porteuses dans quelques secteurs.
Avec le développement d'internet, derrière le sigle "TIC", on met de plus en plus souvent "internet". Or, internet, même abordé sous ses multiples facettes, n'en est qu'une petite partie. Globalement, le travail sur ordinateur se divise en trois grands types d'activités :
- La recherche d'informations et/ou leur exploitation.
- les exercices en ligne
- Le traitement de données.
On pourrait y ajouter le pilotage d'outils, la simulation.
Un exemple : une grille des possibilités de l'utilisation des TICE en histoire-géographie que j'ai produite en 1998
Les deux premières activités demandent peu de compétences informatiques ; la troisième, souvent un peu, voire nettement plus. C'est ce que j'ai essayé de représenter sur
une grille de compétences.
| Premier axe : Recherche documentaire et traitement d'information. Exemples : - Rechercher des informations sur un mot : "Booléen"
=> Il existe bien d'autres activités à mettre en œuvre pour la prise en main de la recherche en ligne, il n'est pas question ici de les montrer toutes. On peut avec ces deux exemples se rendre compte que l'apport d'internet ici, et donc des TICE, est l'ouverture à une base de données gigantesque et "sauvage". Pour la "dompter", il faut acquérir des méthodes de recherches probantes et et d'évaluation de ces informations. Mais une fois que cette étape est franchie, il reste le plus difficile : Il faut que les élèves soient capables de passer de l'information trouvée à la construction d'un savoir. Là encore, cette gymnastique s'apprend, et c'est dans celle-ci que les élèves éprouvent le plus de difficultés. Pour ma part, j'en suis encore au tâtonnement sur les méthodes d'apprentissage dans ce cadre-là.
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| Deuxième axe : Les exercices en ligne. Ils sont plus axés sur la construction des savoirs et se rapprochent davantage du travail "habituel", car ils sont basés sur la répétition de tâches ou sur une démarche guidée. Ci-joint trois exemples.
Dans ces deux cas, l'exercice est fermé : un certain nombre de réponses sont proposées, soient de façon visible (QCM), soit de façon invisible (Petit Jean). Il est possible de recommencer l'exercice plusieurs fois jusqu'à la réussite totale, mais alors quelle part reste-t-il vraiment à la compréhension ? Il est aussi possible d'ouvrir complètement : il faut alors pouvoir évaluer le résultat final. Dans l'exemple de "Petit Jean", la construction de la maquette de chalet est de ce type. Mais ici l'évaluation ne pose pas grand problème, l'élève est capable seul de juger s'il a ou non réussi à construire quelque chose qui ressemble à un chalet... Dans l'exemple suivant, la chose est plus délicate...
Ce type de logiciel est plus courant dans certaines disciplines que dans d'autres. Mais même dans le meilleur des cas, la difficulté est de trouver le logiciel qui contienne les exercices que l'on souhaite faire faire aux élèves, en fonction de nos objectifs pédagogiques en terme de savoir-faire et de savoirs savants. Or, la batterie d'exercices disponible est encore bien faible. Il faut donc parfois se lancer dans l'aventure de la création. Pour cela, il existe des logiciels de création d'exercices ou exerciseurs tels que "hot potatoes" ou les générateurs de QCM ou de cartes interactives d'Eric Dromer.
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Troisième axe : Le traitement de données.
Avec cet exemple, on entre dans la nécessité de maîtriser quelques notions informatiques. Mais il permet de faire saisir que la machine ne fait rien de bien intelligent si l'homme ne lui donne pas des instructions claires et ne prépare pas le terrain : tout traitement de l'information se fait avec un objectif précis.
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Devant ces apprentissages, les élèves ne sont pas égaux, aux inégalités habituelles d'acquisition des savoirs et des compétences, les TICE peuvent en ajouter une autre, celle de la maîtrise de l'outil.
Cette année, dans mes classes, plus de la moitié des élèves ont un ordinateur à la maison. La plupart d'entre eux ont donc acquis un certain nombre de compétences procédurales qui leur donnent un avantage certain sur leurs camarades : certains savent, d'autres non. Si, moi, enseignant, je ne construis pas des séquences qui font appel à peu des compétences informatiques, je peux mettre des élèves en situation d'échec non pas par manque de travail, non pas par incompréhension du problème disciplinaire posé, mais par manque de maîtrise de l'outil.
Pour réduire ce problème, il faut, à l'échelle nationale :
| se préoccuper du niveau de base des élèves en informatique, c'est ce qui semble se faire avec la création du brevet informatique en fin de troisième. | |
| offrir aux élèves un moyen d'acquérir cette maîtrise de base de l'outil : les 18 heures de mise à niveau en seconde = rarement faisables, et tardives => efforts centrés sur le premier cycle et primaire. | |
| offrir à tous les élèves des outils de travail accessibles dans les établissements scolaires : retard encore énorme dans ce domaine (au niveau de l'équipement, du suivi par un adulte, de la maintenance). | |
| offrir aux élèves des enseignants qui utilisent les TICE en quantité et qualité à peu près équivalentes : on est encore à l'heure des pionniers... Pour cela, il y a encore un gros effort de formation à faire, d'harmonisation de cette formation, de mise en confiance, d'encadrement. | |
| offrir tant aux élèves qu'aux enseignants, des outils logiciels simples qui fonctionnent sous tout support (pc, mac, Linux), interfacés de façon à peu près homogène (HTML + java) et qui demandent peu de compétences informatiques. |
Est-ce pour autant qu'il faut évacuer l'informatique des TIC ?
C'est le danger inverse dans lequel il me semble qu'il ne faut pas entrer. L'informatique n'est pas que de la technique, elle est aussi un certain nombre de concepts que le travail sur machine permet d'aborder, que le travail sur machine doit pousser à aborder. Le concept de base est celui du traitement de l'information, elle oblige à une certaine rigueur. Tout utilisateur doit le maîtriser pour ne pas se faire abuser par sa machine.
Le GTinfo a mis au point, en 1999-2000, quelques fiches de séquences qui permettent d'aborder ces principaux concepts dans différentes disciplines et qui sont accessibles sur le site du CNDP.
3. Offrent-elles une meilleure acquisition des savoirs ?
Les deux points précédents ont montré les potentialités et les risques, mais qu'en est-il des résultats ?
Il n'y a pas encore d'étude suffisamment fiable qui permette de dire que les TIC permettent d'apprendre mieux car nous ne disposons pas encore d'assez de recul. De plus, ce genre d'étude est difficile à mettre en œuvre : il faut pouvoir confronter l'évolution de deux populations d'élèves assez conséquentes sur une période suffisamment longue avec deux pédagogies suffisamment différenciées.
Il est aisé de dire que les TICE apportent une plus grande motivation, une évolution des comportements, mais savoir si les élèves savent plus, et surtout savent mieux, c'est une autre histoire. Il est vraisemblable qu'elles aident certains, gênent d'autres. Reste à savoir si la proportion de personnes qu'elles aident est nettement supérieure à celle qu'elles gênent.
II. Permettent-elles de développer l'autonomie ?
1. L'ordinateur : autonomiste fou...
C'est un des grands classique : l'ordinateur permet de développer l'autonomie des élèves...
Il me semble qu'il faut nuancer...
Exemple 1 : L'exploitation d'informations.
Je fais une séance à partir d'un site internet ou d'un cédérom une séquence sur data projecteur ou télévision devant toute la classe (ce qui est parfaitement illégal...). J'utilise les TIC, mais d'autonomie de l'élève que neni, ceci est ni plus ni moins que du magistral (ce qui ne veut pas dire que c'est nul !).
Exemple 2 : l'Europe colonisatrice.
| Exercice | Support | Contexte | Objectifs |
|---|---|---|---|
| Etudier un phénomène à partir d'un dossier documentaire. | Dossier distribué aux élèves (il s'agit ici, de la version électronique plus rapide à charger que les fichiers pdf, rtf ou doc initiaux...) |
Histoire Première Salle de cours "ordinaire" |
Il s'agit ici de faire un travail de préparation au bac, en construisant le cours à partir d'un dossier documentaire de type bac. L'essentiel du travail est fait par les élèves. Une mise en commun est faite ensuite avec construction d'une synthèse. |
=> on voit que l'autonomie n'est pas inhérente à l'ordinateur, mais à la pédagogie du prof ...
Freinet, Montessori ont mis en place des pratiques qui laissent une large place à l'élève dans la construction de ses savoirs, bien avant l'arrivée des premiers ordinateurs.
Est-ce dire pour autant que l'ordinateur ne sert à rien ?... Il ne faut pas exagérer, il ajoute un caractère ludique, il donne accès à la couleur et à l'animation, voire à la vidéo. Mais combien d'entre-nous montent des séquences de travail en autonomie sur des vidéos : de véritables séquences de travail, pas du presse bouton ON, OF, PAUSE ?
Exemple 3 : cartographier l'agriculture des Etats-Unis.
| Exercice | Support | Contexte | Objectifs |
|---|---|---|---|
| Apprendre les différentes étapes de la construction d'une légende et donc d'une carte. | L'agriculture, facteur de la puissance des Etats-Unis. A disposition sur l'intranet de l'établissement. |
Géographie Terminale. Salle informatique en classe entière (35 élèves : il faut vivre dangereusement...) |
Il s'agit ici de faire un travail de préparation à l'épreuve courte de cartographie au bac. Les élèves disposent d'une fiche de travail à compléter et à rendre en fin d'heure ainsi que de l'accès au site. |
Dans ce dernier exemple, les TICE sont utiles. J'ai réalisé cet exercice en novembre 1998 parce que j'avais besoin de pouvoir travailler sur l'analyse de deux textes en demi classe, il fallait donc que l'autre moitié de la classe face autre chose, et si possible autre chose d'intelligent. L'utilisation des TIC m'apporte ici trois conforts :
- la couleur
- deux supports (l'ordinateur et la fiche à compléter), au lieu de la multitude de feuilles que les élèves auraient eu à manipuler.
- des économies conséquentes en photocopies.
... mais c'est aussi une nécessité pédagogique :
| plusieurs choix à chaque réponse et donc une structure arborescente simple, qui, sur papier, aurait été ingérable. | |
| Ici, les élèves ne peuvent pas se perdre : ni dans le questionnement, ni dans les documents. |
...Cela représente 10 heures de préparation... pour une heure de cours
2. Pourquoi et comment travailler en autonomie ?
Le principe de base de cette mise en autonomie est le fait que l'élève n'est plus le réceptacle des savoirs du professeur. Il construit son savoir. Un gros effort est fait par le MEN en ce moment pour inciter les enseignants à travailler de cette manière : Travaux croisés, TPE, ECJS.
Pour permettre à l'élève de construire ses savoirs, il faut le guider un minimum, et en même temps lui donner les éléments pour que cette guidance s'amenuise au fil des années de formation. Cette guidance peut se faire par le questionnement en ligne (exemple sur la cartographie, vu ci-dessus), ou sur feuille.
| Exercice | Support | Contexte | Objectifs |
|---|---|---|---|
| Se construire un ensemble de connaissances sur la Shoah. | Site de Frédéric Ghesquier sur Auschwitz Installé sur l'intranet de l'établissement. |
Histoire Terminale. Salle informatique en demi-groupe (l'autre demi-groupe est avec moi sur un autre exercice). |
Les élèves sont en totale autonomie. Je ramasse la fiche en fin d'heure, voire deux jours plus tard s'ils n'ont pas pu finir. Dans ce cas, ils doivent revenir en libre service. |
Donc, pour que ces séquences conduisent à une véritable mise en autonomie de l'élève, il faut que l'enseignant :
| donne tout le travail en début de séquence | |
| prévoie plusieurs niveaux, mais avec un seuil de réalisation minimum | |
| prévoie, éventuellement, des fiches techniques ou des points techniques dans les fiches de procédure. | |
| veille à ne pas créer d'impasses dans les exercices où les élèves sont seuls (libre service, ou partage de classe) | |
| puisse intervenir rapidement sur les élèves en difficulté par une circulation dans la classe. | |
| prévoie un temps, ou une activité, qui permette aux élèves de prendre du recul en fin de séquence ou d'activité, de façon à identifier les acquis et à les fixer : autrement dit, à passer de la recherche et du traitement d'informations, à des savoirs. |
3. Les conséquences de cette mise en autonomie.
Il s'agit ici de conséquences que j'ai constatées, autrement dit de l'évolution du comportement de mes classes et du mien, suite à cette introduction des TIC.
Chez les élèves : c'est le plus difficile à dire, car souvent j'introduis les TIC en début d'année et donc je n'ai pas le temps de connaître les élèves "avant". Ce que je constate, est positif :
| une grande motivation, mais peut-être qu'elle serait là sans les TIC ; | |
| un meilleur taux de mise en activité que dans un travail en autonomie hors machine, |
| lorsque le matériel ne fonctionne pas et que l'on perd du temps, | |
| lorsque les élèves n'arrivent pas à boucler, ET... | |
| ... une grande capacité de certains à bâcler certains travaux pour pouvoir faire autre chose ensuite (aller en ligne par exemple). |
| Plus de séquences avec une mise en autonomie des élèves, y compris hors machine (il y a plus de ce type de séquences hors machine que sur machines) | |
| Des cours mieux construits, car la réalisation d'exercices en ligne oblige à bien cibler ses objectifs et à signer particulièrement son questionnement. | |
| Une meilleure gestion des programmes de façon à ne pas me laisser bouffer par l'info. | |
| Davantages de remises en causes de mon travail | |
| Des pratiques qui évoluent vers une recul de l'importance donnée aux savoirs savants au profit des savoirs-faire et savoir-être. |
| Plus de travail de préparation... Et parfois, de belles périodes de surbooking (d'où la mise en ligne tardive de ce document...) | |
| Un plus grand ras-le-bol des copies... |
En synthèse, les TIC jouent essentiellement un rôle facilitateur de la mise en autonomie, mais cela implique un changement radical de façon de travailler de la part de l'enseignant : certains ont cette souplesse, d'autres moins. Pour les plus rigides, elles n'auront aucun effet. Dans ces changements, la modification du statut de l'enseignant est un élément essentiel : il n'est plus le dispensateur de savoirs, mais l'accompagnant : ce changement est très déstabilisant car il modifie la relation prof/élève, et l'image de l'enseignant.
On voit aussi, à travers ces divers exemples, que pour un véritable travail en autonomie dans les établissements, il est plus que souhaitable que ce dernier possède un intranet dans lequel chacun puisse intervenir : des travaux des professeurs (cours, exercices), d'élèves (exposés, TPE, journaux) et qu'il est donc un facteur essentiel de la mise en autonomie sur les TIC cf. le travail de Jean Pierre Meyniac et François Tilquin sur le site des clionautes.
III. Modifient-elles les rapports avec l'autre ?
Autre élément fort : la modification des rapports profs/élèves. Je vais élargir en intégrant aussi les rapports élèves/élèves et profs/profs. On pourrait ajouter les liaisons parents/profs, mais il faut savoir se limiter
1. La modification des relations interpersonnelles horizontales.
| La relation élève / élève La mise en autonomie et le travail sur machine renforce les liaisons élève / élève par :
Cette liaison peut se renforcer au sein de la classe, entre élèves de classes différentes d'un même établissement ou d'établissements différents, y compris étrangers (échanges de courriers en langue). Elle peut jouer sur des éléments spécifiquement liés au cours, mais aussi à ce qui est périphérique : activités de clubs, hobbies, journaux scolaires. L'outil de communication qu'est l'ordinateur participe donc, ici, au décloisonnement de l'établissement.
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| La relation prof / prof
La pratique m'a montré que l'utilisation des TICE entraînait peu de changement dans les salles des profs. Mais "Peu", n'est pas "Pas". Personnellement, je travaille beaucoup avec un collègue de ma discipline dans mon établissement. Nous nous voyons tous les jours ou presque, mais les échanges de travaux se font par mél. Une jeune collègue est en train de se mettre à travailler avec nous. Par contre, il arrive encore souvent que ce que l'on ne trouve pas dans son établissement, on le trouve ailleurs, et les listes de diffusion jouent, là, un rôle essentiel (cf. le serveur Francopholistes du CRU). Mais les listes peuvent devenir chronophages : il faut trouver l'équilibre entre le temps passé à lire les messages et à y répondre, et l'apport que constituent les informations que l'on tire de cette lecture. J'explique cette contradiction par la difficulté qu'a l'enseignant à accepter l'image que les autres renvoient de lui même. Montrer ce que l'on fait à l'autre bout de l'hexagone contient une certaine part d'anonymat. Le montrer aux collègues de sa classe est autre chose : on s'expose à une critique immédiate qui peut être violente (lorsque les habitudes d'échanges ne sont pas prises). Or les enseignants ne savent pas travailler en équipe : ils ne savent pas formuler une critique sur le travail d'un collègue, il ne savent pas accepter une critique sur leur travail. |
2. La modification des relations interpersonnelles verticales.
Il s'agit essentiellement de la relation prof/élève. Elle est essentiellement modifiée par trois choses :
| La mise en autonomie. | |
| Le plaisir que l'élève trouve à apprendre (mais un bon professeur peut arriver à cela, sans les TICE...) | |
| Le rapport à la machine : il peut arriver que l'élève sache mieux utiliser la machine que l'enseignant. La réaction de ce dernier est alors l'inquiétude : l'élève dit qu'il sait, mais sait-il vraiment ? et que va-t-il se passer si en fait, il ne sait pas ? ... Boom ? |
Cette modification de la relation a quelques implications, certaines ne sont pas liées aux TICE, mais doivent être prises en compte lorsque l'on se lance dans l'utilisation des TICE :
| Être plus proche, mais conserver une certaine maîtrise de la séquence de façon à conduire l'élève à la réalisation des objectifs posés. | |
| Accepter de se trouver en défaut. | |
| Faire comprendre à l'élève que, si le prof se trouve en défaut à un moment, cela n'implique pas qu'il est "nul" : ça ne pose pas trop de problème en primaire et au début du collège, ça en pose davantage en pleine crise d'adolescence. | |
| Arriver à gérer l'"interporte". |
| Arriver à gérer l'arrivée de travaux sur différents supports : disquettes, mél, papier. | |
| Accepter que l'action de formation ne se limite plus à l'heure de cours : on peut être sollicité par des élèves à domicile à travers le courrier électronique. La réalisation d'intranet et de réseaux de communications internes à l'établissement peut limiter cet effet, si cela est souhaité, mais cela modifie alors le rapport entre le professeur et l'établissement.... |
| Celle de la responsabilisation de l'élève : qu'il n'écrive pas n'importe quoi à n'importe qui, n'importe quand. | |
| Celle du débordement de sollicitations d'élèves par les adultes. | |
| Tous ceux que je n'ai pas encore identifiés... |
Synthèse :
Ainsi, dire que les TICE vont révolutionner le système éducatif me semble à la fois vrai et faux.
| Faux, car seules elles ne peuvent rien, ce ne sont pas les TIC qui génèrent des pratiques pédagogiques, mais des pratiques pédagogiques qui profitent des TIC pour s'exprimer pleinement. Les changements qui se mettent en placent à l'heure actuelle sont plus liés à l'introduction synchrone des TPE, travaux croisés, ECJS et TICE, qu'aux seules dernières. | |
| Faux, car si la technique - matériel suffisant, en état de marche et accessible dans les établissements - ne suit pas, elles n'ont aucun sens, et les seuls impacts qu'elles ont alors est celui de dynamiser l'économie du pays, de dégoûter les profs et les élèves, et de faire dépenser de l'argent à l'état. | |
| Vrai, car elles risquent de déstabiliser l'ensemble du système éducatif si leur introduction n'est pas maîtrisée. | |
| Vrai - mais dans ce cas, je parlerais plutôt "d'évolution" que de "révolution" - car elles conduisent progressivement les professeurs qui s'y lancent à travailler autrement, y compris sans ordinateur. |
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Dernière mise à jour de cette page : 04 novembre 2006