| Présentation :
Chers
élèves, chers parents, chers collègues, chers
égarés,
Voyez
comme la section philosophie du Lycée Nodier sait se
montrer moderne : elle possède désormais un
site informatique flambant neuf ! Le simple mérite
du geste qui consiste à faire sortir cette discipline
des préjugés qu'elle traîne à propos
de son incurable technophobie, de son goût suspect pour
les vieilleries de l'Antiquité, de son attrait pour
les fonds de couloirs poussiéreux de bibliothèques
surannées, de son fétichisme à l'égard
des plumes d'oie et des encres qui bavent, de son insupportable
réflexe de rejet à l'égard des lois de
l'attraction terrestre et de son incorrigible tendance à
se réfugier dans de lointains univers constitués
d'ouvrages soporifiques et de concepts aux vertus dessicatives
sur la motivation des auditeurs/lecteurs, la simple existence
d'un tel site, disais-je, se dressant fièrement contre
la vulgate populaire, devrait donc déjà vous
convaincre que ce n'est pas en vain que vous avez ouvert cette
page. Alors évidemment, si vous êtes volontiers
disposés à saluer l'effort, je perçois
encore, latent, une sorte de soupçon sur l'utilité
d'un tel site. S'il est autre chose qu'un appareil publicitaire
ou qu'un réquisit administratif ordonné par
l'institution, quelle nouveauté apporte-t-il à
ce qui se fait déjà ?
Les
élèves veulent-ils des textes pour connaître
la variété des analyses qui ont été
faites d'une même notion ? Les manuels en sont pleins,
Internet en est saturé. Les élèves ont-ils
besoin de développements sur une notion du programme
? Il suffit de venir en cours, c'est l'une de ses principales
fonctions. Si ce site présente un quelconque intérêt,
c'est en réalité parce que les manuels comme
les cours ont plusieurs défauts. Nous retiendrons les
suivants : d'abord, ils sont limités dans l'espace
(pour les manuels) et dans le temps (pour les cours), ce qui
oblige d'être le plus synthétique et le plus
élémentaire possible. Les digressions transdisciplinaires,
culturelles ou sur l'actualité prennent alors des allures
de luxe, qu'on s'accorde pragmatiquement pour permettre du
côté de l'auditoire une brève reprise
de sa respiration. Ensuite, le format institutionnel et éditorial
pousse au cloisonnement des approches : un prof pour une classe
pour un angle d'attaque, un manuel chez un éditeur
présentant un parcours possible et révérencieux
du programme. Dans sa forme, la philosophie, qui suppose la
polémique et le dialogue, est poussée à
se travestir dans la prestation magistrale, unilatérale
et univoque. Enfin, le manuel comme le cours ont pour fonction
de présenter un programme qui s'arrête à
l'exposition des éléments de la philosophie
propres à l'exercice du jugement critique et réfléchi,
dont le Ministère rappelle qu'il " n'a de
valeur que pour autant qu'il s'applique à des contenus
déterminés et qu'il est éclairé
par les acquis de la culture " . Or, c'est
bien ce qui fait généralement défaut
tant dans les manuels que dans les cours que nous préparons
: nous n'avons généralement ni l'espace ni le
temps de développer ces " contenus déterminés "
et de constituer cette " culture " .
Pendant le cours, le professeur fournit généralement
le jugement réfléchi en même temps que
la culture ou la matière qui sert à l'illustrer
et à le produire. Donner des éléments
de philosophie est donc généralement insuffisant
pour libérer le jugement critique chez les élèves,
parce qu'ils ne possèdent pas la matière culturelle
qui lui sert à la fois de terrain d'entraînement,
d'espace de vérification, mais encore et surtout qui
en est la matière même, tacite, enveloppée,
sous-jacente. En l'absence d'une telle ressource-soutien du
jugement critique et d'un tel terrain d'entraînement,
l'élève est souvent réduit à devoir
apprendre par cur ce qu'on lui explique trop vite. L'avantage
d'Internet est double : non seulement il permet de s'affranchir
des limitations spatiales et temporelles, mais encore il offre
la possibilité d'un espace de discussion polémique
et subjective. Nous revendiquons sur ce site le plaisir de
parler à la première personne et de présenter
une culture différenciée, parce que nous pensons
que la confrontation des points de vue appelée par
cette démarche est une condition essentielle du désir
d'apprendre et de la formation d'une assemblée d'acteurs
de la compétence philosophique. Nous ne pourrons maintenir
le désir si difficile à susciter et en même
temps si indispensable au travail de l'intelligence, nous
ne pourrons engager nos élèves à produire
des opinions, à développer l'aptitude au jugement
critique, nous ne pourrons passer de l'individualisme consensuel
à l'assemblée polémique qu'à la
condition de nous engager nous-mêmes dans le savoir
que nous transmettons. C'est cet objectif que poursuit un
tel site. Il y a donc deux conditions à son bon fonctionnement
: que nous trouvions le moyen technique de le rendre interactif
(c'est en cours), et que vous vous en empariez
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