Thème : la mondialisation

PLAN de l’intervention

Introduction

1- La mondialisation de la sphère productive

                1.1 Une nouvelle DIP
                1.2 La montée en puissance des multinationales

2- La globalisation financière

                2.1 L’émergence d’un marché unique de capitaux
                2.2 La montée en puissance des zinzins
                2.3 La mise en place d’un nouveau (mode de régulation) régime de croissance

3- Les effets de la globalisation financière

                2.1 La montée des inégalités
                2.2 La montée de l’instabilité financière et ces conséquences sur la sphère réelle.

Conclusion

Remarque préliminaire : ce stage s’adressait à un public large composé de professeurs de STT et de SES.

Introduction

 Sans reprendre les analyses historiques de Fernand Braudel qu’il cite au passage, Dominique Plihon nous rappelle que la mondialisation n’est pas un phénomène récent mais un mouvement historique long qui tend à s’accélérer depuis les années 1980.

Ce processus a bénéficié de la conjonction de certains événements :

- l’effondrement des économies socialistes et la mise en place de programmes de transition vers l’économie de marché qui consacre la victoire du capitalisme occidental

- la déréglementation à l’échelle international : suppression progressive des barrières douanières, du contrôle des changes ...

- la montée en puissance des NPI d’Asie du Sud-est  : les 4 dragons et la Chine

- l’essor des NTIC

- la constitution d’espaces régionaux plus ou moins intégrés : l’ALENA, le MERCOSUR, l’ASEAN, l’UEM.

 

La mondialisation se définit différemment selon la période  :

- au début des années 80, la mondialisation représente la vente croissante d’entreprises multinationales à l’étranger,

- au début des années 90, les firmes non seulement vendent mais ont une gestion intégrée à l’échelle mondiale (délocalisations, réseaux commerciaux...),

-pour d’autres, la mondialisation est un processus qui aboutit à la domination des multinationales sur les Etats-nations, ce qui correspondrait à la vision de Robert Reich : les firmes (-réseau) tissent un réseau pour s’imposer face aux États.

Conclusion bien-pensante : les États auraient perdu toute capacité de régulation contre laquelle s’érige le conférencier.

Remarques : si la globalisation financière a été plus violente, c’est aussi parce qu’elle s’est produite plus tardivement et plus rapidement.

D.Plihon distingue la notion de mondialisation de celle de globalisation :

pour lui, la mondialisation a une dimension éminemment géographique; la globalisation intègre en plus une dimension fonctionnelle.

1- La mondialisation de la sphère productive

                 1.2 Une nouvelle division internationale de la production (DIP)

Si la triade domine encore la VA manufacturière, elle se fait de plus en plus concurrencée par les pays émergents. Cette modification à l’échelle mondiale concerne trois zones géographiques ;

-l’Asie du Sud-Est (Corée du Sud, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, Philippines, Taiwan, H.K...) dont le degré d’ouverture a progressé (Malaisie = 34%, Indonésie = 54%) sans parler de la Chine et de l’Inde dont le rapport X / PIB (effort à l’exportation) est passé respectivement de 8 à 22% et de 6 à 11%.

- l’Amérique Latine avec le Mexique, l’Argentine et le Brésil

- L’Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient qui régressent.

 D. Plihon compare ensuite l’évolution des coûts salariaux dans le secteur manufacturier entre un ouvrier coréen et un ouvrier américain : l’écart salarial s’est réduit en 25 ans, le salaire d’un ouvrier coréen équivalait à 5% du salaire américain en 1970, il équivalait à 40% en 1996.

Les explications avancées sont l’augmentation de la qualification de la main d’œuvre (=> une hausse des salaires) et la raréfaction de la main d’œuvre qualifiée.

Un autre indicateur de cette nouvelle donne est l’augmentation significative du nombre de brevets déposés aux États-Unis par des pays comme Taïwan ou la Corée du Sud (pour de plus amples détails, cf. le numéro d’Alternatives Économiques de Septembre 2000 qui effectue un bilan de 20 ans de mondialisation).

                1.2 La montée en puissance des multinationales

Deux indicateurs sont significatifs :

- les IDE rapportés à la FBCF sont passés de 2,7% en 1980 à 7,1% en 1998

- l’ampleur prise par les opérations d’acquisition - fusion - rapprochement

Ce qui n’empêche pas D.Plihon de penser que l’entreprise globale est un mythe.

                1.3 Le mythe de l’entreprise globale

Les multinationales n’aboutissent pas à la constitution d’entreprises globales pour cinq raisons, au moins :

1°) la production des FMN n’est pas majoritairement multinationalisée, la plupart des FMN produisent sur leur espace national puis exportent

2°) la plupart des FMN emploient des nationaux ( + de 50% des emplois)

3°) les technologies sont développées sur une base nationale, le rôle de l’Etat est important, le financement de la recherche est socialisé

4°) leur financement n’est pas si global, priorité est donnée au marché domestique

5°) les équipes dirigeantes sont et restent souvent nationales.

2- La globalisation financière

                2.1 La constitution d’un marché unique des capitaux

Des facteurs d’ordre économique, politique et technologique ont joué un rôle prépondérant :

- au niveau économique, la fin du système de Bretton-Woods au début des années 1970 a favorisé la montée de l’instabilité des taux de change et des taux d’intérêt, générant de nouveaux risques à gérer.

On assiste aussi à une réorientation des déséquilibres mondiaux : la crise de la dette qui a touché les pays du Tiers-Monde dans les années 80 concerne désormais les États-Unis qui attirent massivement les capitaux dans les années 1990.

- au niveau politique, les États mettent en oeuvre une libéralisation financière rapide et poussée dans les années 80 pour les pays européens, dans les années 90 (2ème vague) pour les pays émergents; libéralisation qui s’accompagne d’innovation de produits et de procédés.

 - au niveau technique, de nouveaux produits financiers font leur apparition : Sicav, Opcvm et produits dérivés; marché à terme, marchés d’options, swaps (MATIF à Paris).

Plihon rappelle la règle des 3 D : déréglementation, décloisonnement, désintermédiation.

                 2.2 La montée en puissance des zinzins

Pour qu’un marché fonctionne bien, il faut qu’il soit liquide : autrement dit, un acheteur qui achète ou qui vend des titres ne doit pas pouvoir modifier leur cours.

Quels sont les acteurs qui doivent assurer cette contrepartie ? Les banques qui jouent toujours le rôle d’intermédiaire et font des profits substantiels sur ces rachats de titres.

Plihon réfute l’idée selon laquelle l’intermédiation serait moins présente, que les banques jouent un rôle de plus en plus secondaire.

Ceci étant, D.Plihon admet qu’il y a bien désintermédiation dans le financement des crédits.

La globalisation comporte trois dimensions :

- au niveau géographique : elle se traduit par la mobilité parfaite des capitaux

- au niveau fonctionnel : le marché des capitaux qui était jusqu’au milieu des années 80 très compartimenté ( marché monétaire, marché obligataire, marché boursier) en France devient un marché unique des capitaux; on crée des maillons pour relier ces marchés, les opérateurs peuvent désormais réaliser des opérations d’arbitrage entre les différents marchés. C’est l’État en France qui impulse l’innovation (contrairement à l’initiative privée des États-Unis) : certificat de dépôts (TCN), billets de trésorerie (commercial paper), bons du Trésor (OAT), Matif...

- au niveau temporel : les contraintes géographiques et temporelles sont vaincues (les marchés peuvent fonctionner 24h/24 grâce aux NTIC)

Les spécificités de la finance-

La finance est un secteur d’activité plus stratégique mais aussi plus vulnérable que les autres secteurs.

C’est un secteur stratégique puisque c’est un élément central dans le financement et le développement de l’économie de marché :

-il doit assurer la sécurité de paiement, 

-il doit assurer le bon fonctionnement  de l’économie réelle (imaginons les méfaits d’un virus informatique “mondialiste”, tout s’arrête). D.Plihon rappelle en citant Michel Aglietta que le système de paiement est un bien public  et prend l’exemple de la Russie : l’un des échecs les plus patents de la transition soviétique est l’absence d’un système bancaire sain contrôlé par l’État, contrôlé à l’heure actuelle par la mafia.

C’est un secteur  fragile :

- les banques ont un bilan structurellement déséquilibré entre l’actif et le passif . Rappelons que leur fonction majeure est la transformation d’échéances : autrement dit, elles collectent des ressources à court terme pour les prêter à long terme.

- il existe un risque systémique : la fameuse “théories des dominos”.

La défaillance d’un acteur puet entraîner la défaillance des autres acteurs, les opérations interbancaires représentant 1/3 du bilan.

                2.3 Un nouveau régime de croissance à dominante financière

Michel Aglietta parle de capitalisme patrimonial, Robert Boyer d’économie de fonds propres.

Nous passons d’un mode de régulation fordiste à un nouveau mode de régulation dans lequel les entreprises ont recours au financement par fonds propres (épargne, émissions d’actions).

Les conséquences sont les suivantes : le pouvoir actionnarial se développe (les actionnaires deviennent des acteurs dominants) ainsi que le rôle des zinzins (la collecte de l’épargne des ménages permettant de constituer un portefeuille considérable).

On passe d’un capitalisme managérial à un capitalisme actionnarial dans lequel on distingue trois sortes de “zinzins” : les fonds mutuels à la française (OPCVM, SICAV, FCP), les organismes d’assurance, les fonds de pension.

Pour assurer ses revenus, il faut diversifier les placements dans les différents secteurs économiques mais aussi à l’international. La France s’efforce d’attirer ces capitaux en finançant la dette de l’Etat, en réformant le système financier, en privatisant. On assiste à une transformation des structures de financement, les entreprises françaises sont de plus en plus contrôlées par des investisseurs étrangers (cf doc 5 et 6 en annexe).

Ce pouvoir actionnarial a naturellement des conséquences sur les objectifs de l’entreprise : créer de la valeur actionnariale, l’amélioration de la rentabilité doit engendrer une hausse de la valeur des actions (le patrimoine devenant une valeur centrale). Les principes du gouvernement d’entreprise (corporate government) s’intègrent parfaitement dans cette logique :

il existe une asymétrie d’information entre l’actionnaire et le manager, on crée donc des principes de gestion visant à diminuer cette asymétrie ,

                - la transparence avec une publication trimestrielle des résultats

                - la rémunération des dirigeants est indexée sur les résultats de l’entreprise : les fameuses “stock-options”

                - des mesures anti-OPA ( “poison-pills = pilules empoisonnées”) = minorité de blocage, action à droit de vote privilégié...

La situation est devenue plus favorable aux actionnaires qu’aux salariés.

Les conséquences sont un transfert des risques sur les salariés par la flexibilité : licenciements, gel des salaires (thèses soutenus par des économistes comme F.Morin ou P.Artus). La sphère productive est modifiée, altérée par cette montée en puissance de la finance, on peut à juste titre parler d’une “financiarisation de l’économie”.

D.Plihon développe pour conclure cette partie l’idée selon laquelle l’épargne salariale pourrait représenter un contre-pouvoir, un contre-poids au pouvoir actionnarial. Il ne cache pas son scepticisme et s’étonne même du fait que certains syndicats français reprennent cette idée : il évoque le cas d’Air France où le syndicat majoritaire souhaite arriver par ce biais à une minorité de blocage : le droit de vote actionnarial plutôt que le droit de grève ?

 3- Les effets de la globalisation financière

                 3.1 La montée des inégalités

Je vous renvoie au dossier du numéro de septembre d’Alternatives Economiques dont s’est inspiré le conférencier pour cette partie.

>> concentration patrimoniale au Nord et accroissement des inégalités Nord-Sud

                 3.2 La montée de l’instabilité financière

Comment ne pas considérer la crise asiatique de 1997 comme une situation paradoxale ?

1°) les pays d’Asie ont un taux d’épargne de 20%,  largement suffisant pour financer leurs économies

2°) ce sont des régions peu risquées, géopolitiquement stables.

Etait-il raisonnable d’investir autant dans ces pays ? La finance privée ne permet visiblement pas une allocation optimale des ressources financières.

2ème remarque : il n’y plus d’inflation sur les biens et services mais il y a une inflation financière (ce que l’on qualifiait auparavant de bulle financière).

Même les économistes du FMI ont constaté :

- une augmentation des crises bancaires et boursières dans les décennies 1980-1990 par rapport aux décennies 1960-1970

- une corrélation entre libéralisation financière et crises

                 3.3 Peut-on maîtriser la finance internationale ?

D.Plihon se lance dans la proposition d’instruments pour lutter contre l’instabilité, l’Etat doit pour cela restaurer une régulation publique forte pour réguler les marchés en :

                 - réintroduisant le contrôle des capitaux et la taxation (les gouvernements sont allés trop loin dans la déréglementation) : il peut s’agir d’une taxe provisoire ou durable d’un montant faible mais dissuasive sur une année, l’idée de la taxe Tobin est bonne mais commence à dater. On peut certainement innover en la matière, D.Plihon prend l’exemple de la Colombie qui a instauré une taxe sur la sortie des capitaux.

                 -fixant un cadre de référence à l’évolution des taux de change

D.Plihon prend l’exemple de pays comme l’Argentine, Hong-Kong ou la Lituanie qui ont choisi un système de currency board (caisse d’émission) : l’émission monétaire est indexé sur les réserves de change.

Il existe deux thèses à l’heure actuelle sur le SMI qui peut fonctionner soit en changes fixes soit en changes flexibles. Le conférencier cite John Williamson pour qui le taux de chage doit équilibrer la balance commerciale et la balance emploi.

Il conclut en précisant que cela doit être l’objet d’un travail forcément coopératif et, de citer les accords du Louvre de 1987.

                -la prévention des crises financières doit passer par la mise en place d’un contrôle prudentiel

                 - l’aléa moral : responsabiliser l’actionnaire-roi, autrement dit impliquer les créanciers dans la résolution des crises lorsque le système connaît une défaillance : Plihon donne l’exemple des banquiers et autres fonds pensions américains qui se sont vus obligés de mettre la main au porte-monnaie pour éviter la faillite du fonds de pension américain LTCM

                 - quelqu’un doit jour le rôle de prêteur en dernier ressort. Seulement, qui doit jouer ce rôle ?

                - la réforme des IFI (Institutions Financières Internationales : FMI et Banque mondiale)

Conclusion :

Peut-on se permettre de ne pas réformer le système actuel ?

“Oui”,  nous dit D.Plihon, c’est ce que pensent les acteurs des marchés, on peut se permettre de nouvelles crises. Pourquoi ?

-les pays d’Asie repartent finalement assez rapidement (même si le système n’est pas encore purgé nous dit Plihon)

- il y a effet d’apprentissage : les banquiers centraux gèrent de mieux en mieux ces crises en injectant des liquidités internationales (exemple des 50 milliards de francs prêtés au Mexique par le FMI en 1995)

 A travers la loi NRE (loi sur les nouvelles régulations économiques) qui propose la reconnaissance de l’épargne salariale, qui entérine la restriction salariale et l’obligation de rentabilité, nous sommes en train de passer d’un modèle d’entreprise stake holder (entreprise-aventure humaine garante de l’intérêt social) à un modèle d’entreprise share holder à l’anglo-saxonne, modèle d’entreprise qui n’est pas le nôtre. Les actionnaires prennent le pas sur les salariés (qui s’ils veulent participer n’auraient plus d’autre choix que de devenir actionnaires).

Plihon développe la même idée en ce qui concerne les relations banque-entreprise : les européens sont en train de passer d’un modèle de banque à l’engagement (avec un projet durable derrière et une relation étroite entre la banque et l’entreprise : Hausbank...) à un modèle de banque à l’acte (on aide le client si le projet est rentable)

D. Plihon résume ainsi les deux capacités du capitalisme :

- celle de s’adapter de façon permanente

- celle d’avoir cette force de faire adhérer les gens aux idées des capitalistes.

        Le 28/11/2000 notes de F. Moine