2008-2009, une année de crise.
La crise financière affecte l’économie réelle.
•Dès 2004-2005 les banques américaines accordent des crédits revolving (à taux variable) à des ménages ayant de faibles revenus. Ces crédits sont des « crédits hypothécaires » c’est-à-dire qu’ils sont gagés sur les biens immobiliers des emprunteurs (maisons, appartements).
• Les grandes banques revendent ces crédits à d’autres banques et à des investisseurs institutionnels du monde entier cherchant une forte rentabilité pour leurs capitaux. C’est le phénomène de titrisation. Exemple : un fonds de pension doit faire fructifier les dépôts de ses clients en recherchant une rentabilité maximale. Il achète des titres croyant faire une bonne affaire. En effet, les crédits immobiliers ont été octroyés à des taux d’intérêt élevés et de plus ils sont gagés sur des biens ayant une valeur réelle. En apparence il n’y a pas de risque.
•Pour les banques qui vendent les titres, l’objectif est double : minimiser les risques et trouver des liquidités pour accorder de nouveaux crédits.
• À partir de 2006, un nombre croissant des ménages ne peut plus rembourser les emprunts. En effet, les taux d’intérêt augmentent avec le temps. Pour faire face aux impayés, leurs biens immobiliers sont saisis et vendus. Dans un premier temps, les ventes permettent aux banques et aux investisseurs de retrouver leurs avoirs et de maintenir leur trésorerie.
•Très rapidement le phénomène fait tache d’huile. Les impayés prennent une proportion jamais vue (plus de 15 % des crédits). Il y a de plus en plus de biens à vendre sur le marché. L’offre excède donc largement la demande. Les biens hypothéqués ne trouvent pas preneurs. Les investisseurs ne retrouvent pas leurs fonds. Les titres ne valent plus rien. Les banques commencent à perdre de l’argent. Elles n’ont plus de liquidités pour financer l'activité économique. C’est le début la crise financière. Nous sommes en juillet 2007.
N’oublions pas qu’à partir de ce moment des milliers de ménages américains se retrouvent « à la rue ».
La crise va se propager très rapidement à l’ensemble du système financier mondial.
Un nombre important de banques et d’investisseurs avaient acheté des titres qui se sont avérés toxiques (c’est-à-dire surévalués et à risque).
Aux USA on prend conscience de la gravité de la crise au moment de la faillite de Lehman Brothers une des plus grande banque américaine. Puis viendra le tour de la compagnie d’assurance AIG, premier assureur américain. La City de Londres est elle aussi touchée de plein fouet par la crise du fait de ses liens avec le système financier américain.
Au Benelux, le symbole de la crise est incarné par le dépôt de bilan de Fortis (banque et assurance).
La France est affectée dans une moindre mesure du fait d’une réglementation plus stricte des activités financières. Néanmoins de grandes institutions sont touchées : Natixis, Crédit Agricole, Société Générale et Dexia.
• les banques n’ont plus de liquidité pour financer leurs activités. Elles ne peuvent plus octroyer de crédit.
• la crise de confiance dans le système aggrave les problèmes :
-les banques ne prêtent plus. Elles ont peur de l'insolvabilité des clients et limitent les prises de risque ;
-les banques ne peuvent plus trouver de liquidités car elles n’inspirent plus confiance. Elles ne se prêtent plus entre elles (plus de liquidité sur le marché interbancaire). Les clients n’achètent plus de titres.
•Le cours des actions des banques, des compagnies d’assurance et des autres investisseurs institutionnels chute logiquement.
•Pour trouver des liquidités, banques et investisseurs institutionnels commencent à vendre des actions. Le cours des actions des grandes entreprises mondiales s’effondre et cela quelle que soit leur santé économique.
Exemple :
Air Liquide qui a enregistré en 2008 une très forte progression de son CA (+ 11 %) et de son résultat net (+8,6 %) a vu la valeur de son action chuter de 40 %. Cette baisse s’explique uniquement par le fait que des investisseurs ont vendu pour se procurer des liquidités. Ce n’est pas un signe de défiance vis-à-vis de l’entreprise qui fonctionne bien. Ce phénomène est caractéristique de la déconnexion entre l’économie financière et l’économie réelle.
•Les entreprises petites ou grandes qui sont en bonne santé ne peuvent plus trouver de crédit :
-les banques ne veulent plus prendre de risque en accordant des crédits ;
-les émissions obligataires sont difficiles à réaliser : les investisseurs institutionnels sont à court de liquidité et, eux aussi, veulent minimiser leur prise de risque.
•Les projets d’investissement ne peuvent pas voir le jour :
- l’ activité des entreprises en souffre ;
-pour les ménages, la raréfaction du crédit et le manque de confiance dans l’avenir explique le ralentissement de la demande.
-le resserrement du crédit,
-la défiance vis-à-vis du système financier,
-la baisse des revenus du patrimoine (liée à la chute du cours des actions et des prix de l’immobilier) ,
-les menaces concernant les retraites par capitalisation dans certains pays (certains petits épargnants voient leur patrimoine partir en fumée) …
•les effets de la crise financière évoqués ci-dessus conjugués à la perte de confiance des entreprises et des ménages dans l’avenir expliquent le ralentissement de la demande, notamment dans l’automobile et l’immobilier. Les ventes reculent. Dans le secteur immobilier, les prix commencent à baisser.
•C’est le début d’un cercle vicieux : moins de crédit, moins d’activité, chômage partiel ou total …
L’exemple du secteur automobile :
Aux USA, les « Big three » sont au bord du dépôt de bilan. En France, Renault et PSA ont recours au chômage technique. Les sous-traitants déposent le bilan les un après les autres.
La crise est aussi l’occasion d’accélérer les délocalisations (exemple de Continental).
•La crise devient mondiale. L’activité recule dans la plupart des pays du monde. Les échanges internationaux sont en recul. La tentation protectionniste est forte : « Buy America » dit-on, par exemple, outre-atlantique.
Même la Chine voit ses débouchés et donc sa croissance se réduire.
•Au plan mondial (prévision pour 2009)
- évolution du PIB en 2009 : - 1 % selon une étude du FMI d’avril 2009
- évolution du commerce mondial en 2009 : - 9 % à – 11 % selon les sources.
Du jamais vu depuis 1945 !
•En France (prévision pour 2009)
- évolution du PIB en 2009 : - 3 % selon l’Insee et les dernières annonces faites par le Premier Ministre.
-dette publique : + de 70 %
-déficit budgétaire : -6 %
-taux de chômage : supérieur à 8 % en mars.
• Aux Etats-Unis, de grandes institutions sont en dépôt de bilan : Bearn Stearns, Citigroup, Lehman Brothers, AIG …
Certaines vont être « sauvées » avec l’appui de la Fed ou du Trésor américain. C’est le cas d’AIG qui est nationalisée de facto par l’État qui lui accorde un prêt de 85 milliards de dollars. D’autres sont rachetées : c’est le cas de Bearn Stearns acquise par Morgan Stanley pour une bouchée de pain.
•En septembre 2008, la Fed « lâche » Lehman Brothers en refusant de lui porter secours. C’est la première banque qui fait faillite. Panique sur les marchés. On est proche de la faillite du système financier mondial.
•Pour sauver le système le secrétaire américain au Trésor lance un plan, connu sous le nom de « Plan Paulson ». Ce plan consiste à racheter les créances douteuses des banques pour un montant de 700 milliards de dollars.
•en Angleterre Northern rock huitième banque britannique est nationalisée.
•L’État prête de l’argent aux banques par l’intermédiaire d’une société de refinancement.
En contrepartie, les banques donnent des titres à cette société et paient des taux d’intérêt.
D’autre part une autre société (la SPPE : société de prise de participation de l’État) est créée pour prendre des participations dans le capital des banques en difficultés.
Ces aides permettent aux banques de se procurer les liquidités nécessaires pour financer l’économie et accorder des crédits notamment aux PME qui en ont cruellement besoin.
•Un effet positif de cette politique : Dexia au bord du gouffre en 2008 vient d’annoncer qu’elle avait renoué (temporairement ?) avec les bénéfices au 1° trimestre 2009.
•Dans ce marasme qui n’épargne pas la France, certaines entreprises résistent bien. Ainsi, BNP-Paribas sort plutôt renforcée de cette période. Elle en a profité pour renforcer sa puissance en se portant acquéreur de 55 % du capital Fortis.
Les banques centrales ont joué sur 3 tableaux : la collaboration, l’injection de liquidités et la baisse des taux d’intérêt.
•En Europe, la BCE a injecté plusieurs centaines de milliards d’euros de liquidité pour réduire la pression sur les taux d’intérêt et permettre aux banques de poursuivre leurs activités.
•L’action sur les taux d’intérêt a été un des leviers de la politique monétaire. On enregistre une forte baisse des taux directeurs :
-aux Etats-Unis on est passé de 2 % en avril 2008 à O,25 % en mai 2009.
-en Europe, le taux directeur de la BCE est passé de 4 % en avril 2008 à 1 %en mai 2009.
Cette baisse des taux d’intérêt a pour objectif d’inciter les banques secondaires à diminuer les taux d’intérêt pour limiter les effets de la crise et tenter de relancer l’activité économique.
Face à la crise, les grandes puissances économiques de la planète ont pris conscience qu’il fallait agir collectivement.
Le G 20, réuni à Londres début 2009, a pris des résolutions pour assurer une meilleure régulation des marchés financiers mondiaux et pour rétablir la confiance.
Les principales mesures annoncées ont été les suivantes :
-lutter contre les paradis fiscaux ;
-renforcer du rôle du FMI en lui donnant plus de moyens financiers pour agir ;
-réglementer davantage la finance pour éviter la spéculation ;
-Rejeter toute forme de protectionnisme.
Pour lutter contre la récession, la plupart des pays du monde ont décidé de mettre en place des plans de relance.
L’administration Obama a soumis au vote du Congrès un vaste plan de relance de l’économie qui devrait selon les estimations lui permettre de créer 6 millions d’emplois en 2 ans.
Le coût de ce plan de relance est estimé à 825 milliards de dollars soit 5,8 % du PIB.
Parmi les principales mesures envisagées :
-365 milliards pour les grands travaux et la réforme d système de santé ;
-275 milliards redistribués aux ménages et aux entreprises pour soutenir la consommation et l’investissement ;
-94 milliards dédiés aux aides sociales pour les personnes sans emploi et les familles.
•La commission européenne a suggéré que les 27 pays membres consacrent 1, 5 % de leur PIB aux plans de relance soit environ 200 milliards d’euros.
•Ce montant est souvent considéré comme insuffisant par les économistes notamment au regard de ce qui se fait aux Etats-Unis et même en Chine.
•On constate que les politiques de relance ne font pas l’unanimité et ne sont pas coordonnées au plan européen. L’Allemagne, par exemple, n’est pas très favorable à un accroissement des déficits.
•Le plan de relance est de l’ordre de 26 milliards soit 1,3 % du PIB.
•Les principales mesures sont les suivantes :
- soutien à l’industrie automobile et aux sous-traitants (3 milliards d’aides) ;
-accélération des grands travaux en cours ou prévus ;
-soutien aux PME (10 milliards) ;
-suppression du paiement des 2/3 des impôts pour les ménages appartenant à la 1° tranche d’imposition ;
-primes de 200 € aux ménages les plus modestes versées en avril 2009.
•Ce plan est davantage un plan de relance par l’investissement que par la consommation.
Ces plans de relance engendrent une aggravation des déficits publics. En France, par exemple, on estime qu’en 2009 le déficit budgétaire sera de l’ordre de 6 % et que la dette publique dépassera les 70 % en 2009 et 2010. Ce sont des chiffres qui dépassent largement les normes européennes fixées dans le cadre du « pacte de stabilité ». La crise met donc sous pression les dogmes du traité de Maastricht et notamment les critères de convergence qui sont mis, pour l’instant, entre parenthèses.
Déficit public dans quelques pays de l’Union Européenne (prévision pour 2009)
France : - 6 %
Irlande - 11 %
Allemagne - 2,9 %
ESP - 6,2 %
RU - 8,8 %
Mini lexique :
-investisseurs institutionnels (on dit souvent « zinzins ») :
Institutions financières disposant de ressources considérables recherchant une rentabilisation de leur portefeuille et jouant de ce fait un rôle important à la bourse.
(ex de « zinzins : caisse des dépôts, compagnies d’assurance, fonds de pension…)
-liquidité :
Il s’agit de l’aptitude d’un « actif » à être convertible en moyens de paiement à bref délai sans coût et sans perte de valeur (l’actif le plus liquide dans une économie est la monnaie).
-récession :
Contraction significative de l’activité économique. Sa définition « technique » évoque une croissance du PIB négative pendant au moins deux trimestres consécutifs (C’est le cas actuellement en France !)
- Subprimes :
Type particulier de crédit immobilier hypothécaire qui s’est développé aux Etats-Unis au début des années 2000 (il n’existe pas en France). Proposé à des ménages financièrement fragiles, le crédit subprime est associé à un degré élevé de risque.
-titrisation :
Technique financière consistant à transformer des créances (par exemples des prêts) en titres financiers qui seront vendus sur le marché à des investisseurs (ce faisant, le risque de crédit associé aux créances est également transféré aux acheteurs des titres).
-marché interbancaire :
Marché réservé aux banques. Les banques y échangent leurs excédents et leurs déficits de trésorerie. Sur ce marché, une banque ayant besoin de liquidité peut en emprunter à une banque ayant des excédents. La banque centrale intervient sur ce marché pour injecter ou retirer des liquidités selon les objectifs de la politique monétaire.
-émissions obligataires :
Technique de financement des entreprises. Les entreprises qui ont besoin de capitaux pour financer leurs investissements peuvent émettre des obligations sur les marchés financiers.
-Fed :
banque fédérale de réserve (banque centrale américaine)
-taux directeur :
Taux fixé par les banques centrales. C’est à ce taux que les banques secondaires pourront se refinancer auprès de la banque centrale. Le niveau de ce taux conditionne le niveau des taux d’intérêt que les banques secondaires appliquent à leurs clients lorsqu’elles accordent un crédit.
-pacte de stabilité :
Dispositif définissant des règles de surveillance destinées à éviter, au sein de l’union économique et monétaire, des déficits publics trop importants.
Les pays membres de la zone euro ne doivent pas avoir un déficit budgétaire supérieur à 3 % du PIB et une dette excédant 60 % de leur PIB.
Ces critères sont connus sous le nom de « critères de Maastricht ».