TD : Tentation protectionniste?

 

DOCUMENT 1

 Le commerce va se contracter de 9% en 2009

             Le commerce mondial devrait enregistrer cette année sa plus forte contraction depuis 1945 et reculer de 9% en volume sous l’effet de la récession, selon les dernières prévisions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) rendues publiques lundi 23 mars.

La contraction sera particulièrement marquée dans les pays développés qui connaîtront cette année un recul de 10% de leurs exportations, tandis que dans les pays en développement, dont la croissance est beaucoup plus tributaire des échanges, les exportations n’augmenteront que de 2 à 3% en 2009.

Pour les économistes de l’OMC, ces prévisions sombres sont motivées par « l’effondrement de la demande mondiale qu’a entraîné la plus forte récession économique observée depuis des décennies » […] « le ralentissement de l’activité économique dans la majeure partie du monde industrialisé », et qui s’est faite plus particulièrement sentir en Asie. […]

L’OMC souligne également une inhabituelle « synchronisation des tendances », à savoir la baisse généralisée des importations et des exportations de toutes les économies. […] 

Mise en garde contre les tentations protectionnistes

 […] Le directeur général de l’Organisation, Pascal Lamy, cité dans le communiqué de l’OMC, a fait valoir l’effet multiplicateur de la baisse de la demande sur le recul du commerce mais aussi « l’épuisement des fonds disponibles » pour le financement du commerce, touchant en particulier les pays en développement. 

Source : L’Expansion, 24-03-2009

Questions: 1- Expliquez la phrase soulignée
                 
2- Comment expliquer la  « synchronisation des tendances » évoquée dans le texte ? 

 

DOCUMENT 2

 Confirmation d’une contraction de 1,5% du PIB de la zone euro 

            […] La plus forte contribution à la baisse du PIB au quatrième trimestre 2008 provient du commerce extérieur. Le solde net des échanges commerciaux a amputé de 0,9 point de pourcentage le taux de croissance.

            Les exportations qui souffrent d’une moindre demande face au ralentissement enregistré partout dans le monde, ont baissé de 7,3%. Les importations ont reculé de 5,5%, indique Eurostat.

            Les économistes s’inquiètent  particulièrement de la baisse de la demande des ménages, conséquence logique de la montée du chômage. Elle a baissé de 0,9% après avoir augmenté de 0,1% au troisième trimestre.

Parallèlement, face à une moindre demande dans de nombreux secteurs, les investissements des entreprises ont diminué de 2,7% après un effritement de 0,6% au troisième trimestre. 

Souce : Jan Strupczewski, version française Danielle Rouquié, Agence Reuters, 05-03-2009

 

DOCUMENT 3 

La crise économique renforce les tentations protectionnistes 

            La crise actuelle, quelle qu’en soit l’issue, sera l’une des plus violentes depuis la dépression des années trente. Si les économistes ont tiré de cette expérience la nécessité de ne pas succomber aux sirènes du protectionnisme, les tentations sont fortes.

            Depuis plusieurs mois se multiplient, en effet, dans le monde des mesures qui sont interprétées comme entrant dans l’arsenal protectionniste. La Russie a décidé d’augmenter ses taxes sur les importations de voitures et l’Inde a accru ses tarifs douaniers sur l’acier. L’Indonésie a pris des mesures plus indirectes comme la limitation du nombre de ports d’entrée aux biens de consommation étrangers. La Chine subventionne depuis le début de l’année ses exportations par des contributions financières versées aux entreprises. Les Etats-Unis ne sont pas restés inertes. Le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, à peine nommé, a accusé Pékin de manipulation de son taux de change. La volonté du Sénat américain d’inclure une clause dans le plan de relance garantissant l’utilisation d’acier américain dans les projets financés par le plan a inquiété en Europe. Des tentations protectionnistes étaient déjà décelables dans le programme du président Barack Obama. Ainsi, l’intention de renégocier, avec le Canada et le Mexique, les termes de l’accord de libre-échange nord-américain est connue.

            L’Union européenne n’est pas non plus insensible à la tentation protectionniste. Ainsi, elle a imposé fin janvier des taxes (jusqu’à 85%) sur les importations de vis et de boulons chinois. Bruxelles a également décidé des droits de douane temporaires antidumping, pouvant atteindre 25%, sur les importations de fil d’acier chinois ainsi qu’un surcroît de taxes de 4% sur les importations de tiges d’acier en provenance de Moldavie. […]

            La volonté des gouvernements de protéger les entreprises et les emplois nationaux est à la hauteur du choc qui frappe ces économies. L’activité économique des pays industrialisés s’effondre, notamment en raison du recul du commerce mondial. Les exportations reculent partout dans le monde (-8,4% aux Etats-Unis en décembre en glissement annuel, -11,7% en Allemagne ou –17,5% en Chine). Surtout, le PIB de la zone euro s’est contracté de 1,5% au quatrième trimestre 2008 (-1,2% en France et –2,1% outre-Rhin) et la production industrielle a diminué de 2,6% en décembre dans la zone euro (-12% en douze mois). Le recul est violent en France et en Allemagne (respectivement –6,7% et –6,8% au cours du quatrième trimestre 2008).

            La tentation protectionniste peut ainsi paraître légitime. Toutefois, la quasi-totalité des économistes déconseillent une telle politique. Tous les pays ne seraient pas frappés de façon identique par la mise en place d’obstacles commerciaux. Les pays émergents seraient gagnants, du moins ceux dont les produits exportés sont indispensables aux autres pays (l’Europe centrale et orientale et l’Asie hors Chine). A l’inverse, la France, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie et la Chine seraient les grands perdants, estiment les économistes de Natixis. 

Source : Philippe Wenger, Investir, 14-02-2009

Questions : 1- Quelles raisons peuvent pousser l’union européenne à taxer fortement les importations de vis et de boulons chinois ?

                   2- Distinguez dans le texte les différents types de mesures constitutifs de « l’arsenal protectionniste »
             3- Pourquoi certains pays émergeants pourraient-ils se retrouver les gagnants de cette tentation protectionniste généralisée ?

  

DOCUMENT 4

Protectionnisme: l’OMC constate un « glissement significatif » depuis janvier

 

            Depuis janvier, « il y a une augmentation des droits de douane, de nouvelles mesures non-tarifaires et plus de recours à des mesures défensives telles que l’anti-dumping » qui constituent des entraves au libre-échange, explique l’OMC dans son deuxième rapport sur les politiques commerciales de ses membres qui sera mis sur la table lors du sommet du G20 le 2 avril à Londres.

L’Organisation, qui joue le rôle de gendarme du commerce mondial, s’inquiète particulièrement de l’impact des plans de relance économique préparés par certaines grandes économies mondiales.

            « Les plans de relance financiers et fiscaux ont été introduits pour lutter contre la crise et vont dans le sens d’un retour à la croissance du commerce mondial […] mais certains d’entre eux comportent des éléments –tels que les aides d’Etat et autres subventions- qui favorisent les produits et services nationaux aux dépens des importations », explique-t-elle.

             Parmi les aides de l’Etat, l’OMC cite notamment les aides aux secteurs de l’acier et de l’automobile. Les Etats-Unis et certains pays de l’Union européenne dont la France ont été pointés du doigt par leurs concurrents pour des programmes de plusieurs milliards d’euros favorisant les producteurs locaux aux détriment des exportateurs. […]

            Le rapport est de fait basé sur des informations de presse ainsi que des éléments fournis par les Etats membres. Il ne donne pas lieu à des sanctions, l’OMC n’étant juge que dans des cas de plainte officielle. 

Source : Rapport de l’OMC du 26-03-2009, AFP

 

DOCUMENT 5

La Banque mondiale dénonce la montée du protectionnisme 

            « L’isolationnisme économique peut conduire à un enchaînement négatif d’événements comme nous l’avons vu dans les années 1930, qui a rendu pire la situation déjà mauvaise », commente le président de la Banque mondiale Robert Zoellik.

            Selon un responsable de l’institution, l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite et le Japon sont les seuls pays du G20 à ne pas avoir pris de mesures protectionnistes au cours des derniers mois. Au niveau mondial, la Banque mondiale a répertorié 66 mesures susceptibles d’affecter négativement les échanges, dont 47 ont déjà été mises en œuvre. Elle relève notamment la prolifération des aides en faveur de l’automobile, qui atteignent désormais 48 milliards de dollars en cumulé (37 milliards d’euros), dont 42,7 milliards de dollars pour les seuls pays développés (33 milliards d’euros). Elle égratigne aussi l’arrêt des importations chinoises de porc irlandais, l’exclusion des jouets chinois en Inde ou l’augmentation des droits de douane russes sur les voitures d’occasion                                                     Source : Le Monde, 18-03-09
Questions sur docs 4 et 5 :
            1- Expliquez en quoi les plans de relance actuels peuvent comporter certains éléments assimilables à du protectionnisme
            2- Donnez un ou deux exemples tirés de l’actualité

 

DOCUMENT 6 

« Il faut des mesures antiprotectionnistes »

             « Il faut que les discours et les mesures adoptées au G20 soient antiprotectionnistes. […] La Russie ne doit pas lutter contre la crise en augmentant les taxes à l’importation. L’essentiel pour notre pays, c’est de rattraper son retard de développement. C’est pourquoi il est primordial de maintenir nos liens avec le vaste monde. La Russie a besoin de l’argent des investisseurs étrangers […]. 

Source : Konstantin Sonine, professeur à la Haute Ecole d’économie de Moscou, propos recueillis par Marie Jégo (à Moscou)

 

 

DOCUMENT 7 

Une montée du protectionnisme financier 

Le flux d’investissements directs à l’étranger devrait diminuer de 10% en 2008 par rapport aux 1 833 milliards de dollars enregistrés en 2007.

Le rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) rappelle que, au cours des quatre dernières années, la majorité des grands pays industrialisés et des pays émergents se sont dotés de lois leur permettant d’encadrer les investissements étrangers pour des motifs de sécurité nationale ou pour éviter la prise de contrôle par des étrangers des champions nationaux (comme l’allemand E.ON qui voulait racheter l’espagnol Endesa).

 

Part des changements de législations nationales allant dans le sens d’un plus grand protectionnisme vis-à-vis des investissements étrangers …

Années

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

…en %

2

6.8

4.9

9.9

13.3

20.2

19.8

24.5

 Source : Alternatives économiques, n°274, novembre 2008

Questions sur les docs 6 et 7 : : 1- Rappelez la définition des IDE (investissements directs à l’étranger)                                     2- Comment lisez-vous le chiffre en gras ?
                                                     3- Quels peuvent être les avantages et les inconvénients des IDE pour les pays d’accueil ?

 

DOCUMENT 8 

 

Echec de la libéralisation commerciale

 

            Selon le rapport 2008 de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) sur le développement économique en Afrique, la libéralisation des échanges extérieurs sur le continent africain engagée depuis les années 80 s’est soldée par un échec.

            En effet, la baisse effective des droits de douane et des obstacles non tarifaires aux échanges a réduit le coût des importations et encouragé les exportations. Mais ces dernières ont été moins stimulées que les importations, ce qui s’est traduit par une dégradation des soldes extérieurs. Surtout, si les ventes à l’étranger en valeur ont augmenté grâce à la hausse des prix des produits de base, elles ont peu progressé en volume. Leur forte concentration sur les matières premières n’a pas diminué et leur répartition géographique n’a pas été structurellement modifiée, la montée en puissance de l’Asie comme débouché résultant d’abord de la forte croissance de cette zone.

                                                       Source : Alternatives économiques, n°274, novembre 2008
Question : En quoi la libéralisation commerciale a-t-elle contribué à dégrader les soldes extérieurs de l’Afrique ? 

 

DOCUMENT 9 

Totems et tabous

Le retour du protectionnisme et la fureur de ses ennemis 

            Le refus d’identifier le libre-échange comme cause de la tourmente actuelle montre que ses partisans ont quitté l’univers de la réflexion pour entrer dans celui de la pensée magique.

            Le libre-échange entraîne un double effet dépressif, direct sur les salaires, et indirect à travers la concurrence fiscale qu’ils rendent possible. En effet, pour préserver l’emploi, les gouvernements des pays dont les entreprises sont soumises directement à la concurrence de la production à bas coûts et à faible protection sociale tentent de préserver le niveau des profits sur leur territoire (condition nécessaire pour éviter les délocalisations) en transférant les cotisations sociales des entreprises vers les salariés. A la pression sur les salaires vient donc s’ajouter une fiscalité plus injuste et une réduction des prestations sociales (le salaire indirect). Cela contribue à peser sur le revenu de la majorité des ménages, qui ne peuvent maintenir leur niveau de consommation que par un recours croissant à l’endettement, au moment même où leurs ressources financières deviennent plus fragiles.

            Au cœur de la crise ne se trouvent donc point les banques, dont les désordres ne sont ici qu’un symptôme, mais bien le libre-échange, dont les effets sont venus se combiner à ceux de la finance libéralisée.

            Aux Etats-Unis, la part de la rémunération du travail dans le revenu national est tombée à 51,6% en 2006 –son point historique le plus bas depuis 1929- contre 54,9% en 2000. […] Depuis 2000, la progression du salaire horaire ne correspond plus à celle des gains de productivité. […]

(suite du doc 9…)       La déflation salariale trouve son origine dans les politiques prédatrices menées, en matière de commerce international, par les pays d’Extrême_Orient depuis 1998-2000, à travers le libre échange généralisé impulsé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC). […]

            Quant à l’idée que cette déflation salariale est le prix à payer pour que d’autres pays se développent…rien n’est plus inexact. L’impact du libre-échange mis n place par l’OMC sur les pays les plus pauvres a été sensiblement négatif. […] Ce que les travailleurs des pays développés perdent en revenu ne va pas vers ceux des pays émergents, mais sert à enrichir encore plus une mince élite dont la fortune a littéralement explosé dans les dix dernières années. Aux Etats-Unis, les 0,1% les plus riches accumulaient 7,5% du revenu national en 2005, contre 5% en 1995 et 2,9% en 1985. Le niveau de 2005 correspondait à celui de 1929 (7,6%).

            Des mesures protectionnistes, qui permettent de moduler les échanges avec l’extérieur, à l’encontre de l’autarcie, qui vise un repli sur soi, s’imposent donc. C’est même la condition sine qua non de toute politique de revalorisation salariale qui rende les ménages solvables et permettent d’accroître la demande. Augmenter les salaires sans toucher au libre-échange est soit une hypocrisie, soit une stupidité. Par ailleurs,  seul le protectionnisme peut arrêter la spirale du moins-disant fiscal et du moins-disant social qui s’est instaurée aujourd’hui en Europe. […]

            (Par le protectionnisme) il s’agit donc de pénaliser non pas tous les pays pratiquant les bas salaires, mais ceux dont la productivité converge vers nos niveaux et qui ne mettent pas en place des politiques sociales et écologiques également convergentes. Bref, d’empêcher le commerce mondial de tirer tout le monde vers le bas. […]

            Quoi qu’en disent les gouvernants, le retour au protectionnisme devient inévitable. Loin d’être un facteur négatif, il pourrait permettre une reconstruction du marché intérieur sur des bases stables, avec une forte amélioration de la solvabilité tant des ménages que des entreprises. 

Source : Jacques Sapir*, Le Monde diplômatique, n°660, mars 2009.

*Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), directeur du Centre d’études des modes d’industrialisation (CEMI).

Questions : 1-Construire  un petit schéma d’implication permettant d’établir un lien entre le libre échange et l’endettement des ménages (2ème paragraphe)

                  2- Expliquez la phrase en gras
                  3- En quoi la revalorisation salariale est-elle pou J Sapir une voie de sortie de crise et pourquoi cette voie justifie-t-elle d’après l’auteur des mesures protectionnistes ?
                  4- Résumez (et confrontez) en quelques lignes les positions  de P Lamy (doc 1) et celles de J Sapir (doc 9)

 

  

PROLONGEMENTS DU TD :

 

Sujet de synthèse : Après avoir analysé les manifestations et les raisons  d’une tentation protectionniste  dans la période de crise actuelle,  vous direz ce que l’on peut en attendre.

Sujet de dissertation :  La crise  récente est l’occasion d’un certain retour de tendances protectionnistes. Quelle analyse faîtes-vous de ce phénomène ?