Alexis de Tocqueville

(1805-1859)

 

Alexis de Tocqueville est un aristocrate, il est le cousin de Chateaubriand et l’arrière-petit-fils de Malesherbes l’avocat de Louis XVI. Il est élevé dans l’opulence, mais il fait partie de ces hommes trop intelligents pour ne pas comprendre l’absurdité des privilèges basés sur la naissance. Il obtiendra très vite des charges importantes sous Louis-Philippe, mais son balancement entre ses convictions personnelles et les rebondissements politiques lui donneront l’idée de s’éloigner de France, au moins temporairement. En 1830, il obtient grâce à ses relations la possibilité de faire un voyage aux états-unis. Il en retirera l’une des études les plus passionnantes qu’on y ait jamais faite.

Il prendra courageusement part à la lutte contre l’esclavage. En 1942 il est élu à l’Académie Française. En 1849, il est ministre des Affaires étrangères de la nouvelle République. Homme de conviction, il abandonne toutes ses fonctions lors de la prise du pouvoir de Napoléon III en 1851.

 

Le contexte.

La Révolution n’est pas ancienne, la France oscille depuis 1789 entre république et restauration. Alexis de Tocqueville, homme de son temps, cherche à comprendre dans quel sens va l’histoire et la nature de ce nouveau régime qu’est la démocratie.

 

La sociologie d’Alexis de Tocqueville.

Le principal sujet qui va susciter l’intérêt d’Alexis de Tocqueville c’est la Démocratie. Il va chercher à comprendre la nature de ce nouveau système.

La tendance de l’histoire.

A. de Tocqueville observe qu’au cours de l’histoire la tendance à l’égalité des conditions a toujours progressé. L’aspiration à l’égalité préoccupe toujours plus les hommes et l’aboutissement de ce processus, c’est la démocratie. La démocratie est donc un processus inéluctable (auquel on ne peut pas échapper) parce que les Hommes la désirent.

Plutôt que de lui résister, il faut l’accompagner pour éviter qu’elle s’impose par la violence. Bien qu’il prenne fait et cause pour les idéaux nouveaux, A. de Tocqueville n’est donc du tout un révolutionnaire, les réformes sont même le moyen d’éviter les conflits.

La politique.

Même s’il ne le cite pas A. de Tocqueville a été très influencé par A. Smith. Au plan politique, il va donc prendre parti pour le développement du marché et du libéralisme, qu’il présente comme le seul système capable de réagir vite aux changements.

Les dangers de la démocratie.

Bien que farouche défenseur de la démocratie, A. de Tocqueville ne se cache pas qu’elle a quelques failles.

L’un des premiers dangers peut être le manque de discernement des électeurs (d’ailleurs Tocqueville connaîtra des déboires électoraux).

Un autre danger sera le despotisme démocratique. Les Américains n’ont d’autres objectifs que la recherche de leur bonheur quotidien, ils risquent donc de se replier sur eux-mêmes en se désintéressant de la vie publique. Un État tentaculaire peut se développer en privant les citoyens de leur liberté en échange d’une égalité de traitement et d’un bonheur minimum. C’est le despotisme démocratique.

Troisième danger : la perte du lien social. Entre seigneurs et serfs un lien existait, ils étaient mutuellement indispensables parce qu’ils avaient l’un et l’autre une place sociale bien précise. Une sorte de compassion se développait entre eux en reconnaissance du rôle de l’autre. Le lien à la terre était important également, ils partageaient le même territoire qui était leur lieu de vie et leur source de nourriture. L’aspiration à l’égalité détruit le lien social. (le lien social sera au cœur du travail d’E. Durkheim un peu plus d’un demi-siècle plus tard).

 

Œuvre principale :

« De la Démocratie en Amérique », Tome 1 : 1835. Tome 2 : 1840.

 

Citations : Toutes sont tirées de « De la Démocratie en Amérique ».

« J’avoue que dans l’Amérique j’y ai vu plus que l’Amérique ; j’y ai cherché une image de la démocratie elle-même. »

« Lorsqu’on parcourt les pages de notre histoire, on ne rencontre pour ainsi dire pas de grands événements qui depuis sept cents ans n’aient tourné au profit de l’égalité. »

« Lorsque les riches seuls gouvernent, l’intérêt des pauvres est toujours en péril. »

« Les lois de la démocratie tendent, en général, au bien du plus grand nombre, car elles émanent de la majorité de tous les citoyens, laquelle peut se tromper, mais ne saurait avoir un intérêt contraire à elle-même. »

« S’il ne s’agit plus de savoir si nous aurons en France la royauté ou la république, il nous reste à apprendre si nous aurons une république agitée ou une république tranquille. »

« La centralisation excelle à empêcher, non à faire. Lorsqu’il s’agit de remuer profondément la société, ou de lui imprimer une marche rapide, sa force l’abandonne. »

« L’intérêt bien entendu est une doctrine peu haute, mais claire et sûre. Elle ne cherche pas à atteindre de grands objets ; mais elle atteint sans trop d’efforts tous ceux auxquels elle vise. Comme elle est à la portée de toutes les intelligences, chacun la saisit aisément et la retient sans peine.

« Les charlatans de tous genres savent si bien le secret de lui plaire, tandis que le plus souvent, ses véritables amis y échouent. »

 

Sans rapport direct avec les raisons qui ont fait de Tocqueville un sociologue, mais intéressant tout de même :

« Il y a aujourd’hui sur la terre deux grands peuples qui, partis de points différents, semblent s’avancer vers le même but : ce sont les Russes et les Anglo-Américains. »

« Je pense que le même mouvement social qui rapproche du même niveau le fils du père, le serviteur et le maître, et, en général, l’inférieur et le supérieur, élève la femme et doit de plus en plus en faire l’égale de l’homme ».